POUR LE PRESSOIR
Restauration d'un ancien bâtiment agricole
Saint-Michel-des-Loups (50)

Maître d’ouvrage privé
Mandataire : Simon Letondu Architecture
Missions réalisées : programmation / ESQ / AVP / PC / DCE / ACT / DET / Visa
Photographies de Nicolas da Silva Lucas

DE MÉMOIRES EN PROJET
Le projet de rénovation de ces anciens bâtiments agricoles est né d’un drame annoncé : l’effondrement d’un mur de refend entraînant avec lui la charpente, la couverture, et les murs de façade les plus fragilisés.
Ces bâtiments ont été construit pour un usage révolu.
La partie sud est la plus ancienne. Construite en moellons des champs et consolidée à plusieurs époques, il s’agit de la construction la plus fragile.
L’étable n’accueille plus d’animaux depuis très longtemps. A l’étage, les nombreuses niches, l’ancien foyer, les baies comblées suggèrent un usage d’habitation au confort extrêmement sommaire.
Le bâtiment qui la prolonge, au nord, abrite un ancien pressoir à pommes encore pourvu de l’auge en granit circulaire – la gâte – et de sa roue en bois .
Ils témoignent d’un paysage disparu de vergers omniprésents tout autour du bourg de Saint-Michel-des-Loups, et de l’évolution de modes de vie : il n’y a plus de ferme à la Brancherie, et le cidre n’est plus la boisson quasi exclusive !

HORS D’USAGE
Ce bâtiment a perdu ses usages initiaux. Dépourvu de terrain et dans un état critique, il n’avait plus qu’un usage d’annexe. Les propriétaires ont pourtant décidé d’engager de lourds travaux de restauration. Du fait de sa posture, de son caractère, de son témoignage, nous avons considéré que l’attachement à ce bâtiment justifiait à lui seul son sauvetage. Et nous avons fait le pari que l’ensemble, unifié dans une grande nef, inspirerait de nouveaux usages, de nouveaux désirs à même de lui redonner vie.
Puisque c’est à son caractère que ce bâtiment doit sa survie, nous avons cherché à le revaloriser dans une restauration non pas à l’identique – qui n’aurait jamais pu survenir – mais dans l’esprit du lieu.
Le raffinement de sa rusticité, son illumination zénithale retenue et la mise au jour de certains éléments perpétuent l’esprit du lieu, tandis que des contreforts, des orifices ou la blondeur de certaines pierres suggèrent l’absence d’éléments condamnés.

SAVOIR-FAIRE VERNACULAIRE & THEORIES SECULAIRES
Sous l’effet des intempéries, des rongeurs et des oiseaux, les joints de l’étable se sont régulièrement dégradés. L’empilement a été déstabilisé, les parements se sont écartés, le remplissage est tombé et a exercé une poussée qui a mené certains murs à la ruine.
Pour y remédier, un coulinage équivalent à près du tiers du volume des murs de l’étable a été réalisé avec un lait de chaux, de manière gravitaire. Des bouchements sommaires ont été réalisés pour remédier aux fuites.
Quelques pierres pulvérulentes ont été purgées et remplacées. Des chaînages verticaux des baies et des angles de l’étable ont été remaillés.
Les contreforts en béton armé reliés par une longrine se substituent au mur de refend qui a dû être démoli. Ils préviennent l’inclinaison des façades vers l’intérieur et rigidifient l’ensemble. L’épaisseur des murs en maçonnerie dépend notamment de leur longueur entre deux raidisseurs verticaux, selon la formule établie au XVIIIème siècle par Rondelet.
Des tirants ont été ajoutés dans l’étable contre le dévers des façades vers l’extérieur. Ceux qui sont en partie haute sont scellés dans des chaînages en béton armé réalisés en arases et dissimulés par des pierres.
Deux nouvelles fermes ont été mises en place pour remplacer le mur de refend démoli et la charpente de fortune de l’étable. La partie supérieure de la façade ouest de l’étable a été déposée et remontée sur une hauteur d’environ 1m. Le dévers très important menaçait sa stabilité.

RAFFINER LA RUSTICITE
Granit jaune en maçonnerie, gris pour le tour de pressoir, charpente ancienne et roue en bois, sol et joints en terre : les matérialités d’origine sont d’une grande qualité sensible, caractéristique des constructions vernaculaires.
Le projet définit une réinterprétation de l’ambiance originelle, celle d’un bâtiment rustique, construit en matériaux nobles éclairés avec parcimonie.
La nef est illuminée par des raies de lumière zénithale. Des tuiles de verre laissent filer les faisceaux de lumière qui s’immisçaient auparavant entre les tuiles usagées.
Les pannes, les voliges et les tasseaux ont reçu un traitement incolore qui préserve la teinte blonde du bois, en harmonie avec les nuances du granit.
Le voligeage permet de masquer le pare-pluie.
Les tuiles de terre cuite à emboîtement losangées unifient les toitures de l’ancienne ferme de la Brancherie.
Des tuiles de verre ont été posées deux par deux, entre chevrons.
Les maçonneries ne sont rejointoyées qu’en cas de nécessité.
Les contreforts en béton ont été coffrés dans les d’anciennes pannes. Leurs cernes et les balèvres expriment le lien avec la charpente.
Les empreintes des anciennes pannes, côté intérieur, contrastent avec une finition bouchardée qui donne un aspect maîtrisé à une problématique insoluble : la qualification du joint entre le coffrage et les murs en moellons.

SOUSTRAIRE POUR DEVOILER
La sauvegarde du bâti et de son caractère étaient les seuls objectifs. Cela s’est traduit par le remplacement de certains éléments fondamentaux. Mais cette économie du «juste nécessaire» s’est également traduite par quelques soustractions bienvenues.
La déconstruction du mur de refend, la dépose du plancher de l’étable et le retrait du foin stocké en haut du pressoir ont unifié de manière spectaculaire deux bâtiments mitoyens subdivisés en quatre volumes : une étable, un logement, un pressoir et un grenier à fourrages. La grande nef qui en résulte met en scène, dans son axe et sous quelques faisceaux de
lumière zénithale, le pressoir à cidre. Élément incontournable, raison d’être de la partie plus récente du bâtiment, il est présenté comme un précieux témoignage d’un paysage et de modes de vie résolus.
Contre la façade ouest, coincée contre des limites séparatives, l’appentis de la soue à cochons a également été reconsidéré par soustraction. Une couverture usée, une baie en béton et un panneau stratifié ont été ôtés et son pignon nord a été arasé. Cela a permis de remettre au jour la façade ouest du pressoir, dont la maçonnerie est de très belle qualité et ponctuée de quelques trous d’envol.